L’atelier
Henri Dejeant travaille seul, à Béziers, dans l’ancienne miroiterie de sa famille. Il y dessine les formes, fabrique les moules, prépare la matière, façonne, ponce, cire et assemble chaque pièce. Cette matière, MoldingPulp, il l’a inventée lui-même, à partir de journaux.

Parcours
De Pézenas à Béziers, en passant par le Maroc
Enfance
Une enfance chinée
À Pézenas, il passe ses week-ends aux puces avec son père, dans les brocantes, les grands débarras et les musées du mobilier : Louis XV, Louis XVI, Renaissance, mais aussi le design industriel des années 1950. Son grand-père était antiquaire. Vers dix ans, son père lui offre un établi en bois ; il est toujours dans l’atelier.
2008
Mirleft, le premier atelier
Dans le sud du Maroc, il tient un hôtel au bord de la plage et loue un petit local derrière. Il n’y a ni route goudronnée ni électricité dans les rues, mais des journaux partout : il les fait broyer au moulin à huile du village. Il essaie le contreplaqué de papier, dont sort la série Boomerang, puis le papier mâché sur une structure de roseau, poncé jusqu’à un aspect de cuir.

2010
Marrakech, la recette
Le papier et la colle seuls se déforment au séchage. En ajoutant du plâtre à la pulpe de papier, il obtient une pâte solide qui prend parfaitement l’empreinte d’un moule. Il apprend à fabriquer ses moules en silicone, les premiers avec du silicone dentaire, et dessine les premières Invider. Elles partent à Paris chez Flux puis chez Merci, à New York chez Brooklyn Berber, à Los Angeles chez Objet LA NY.

2014
Béziers
De retour en France en 2013, il reprend son travail à Pézenas, puis s’installe en 2014 dans le centre de Béziers. Ses lampes entrent dans de grands magasins parisiens, dans des boutiques en Europe comme Season à Berlin, et dans des hôtels à Paris et dans le Sud.

2023
La miroiterie
Il reprend la miroiterie familiale, fondée par son arrière-arrière-grand-père à Carcassonne puis installée à Béziers, où l’on fabriquait des miroirs peints à la main et du mobilier de style vénitien. Le bâtiment portait encore les traces de charbon des machines à vapeur ; il l’a rénové. C’est son cinquième atelier, et le premier assez grand pour des pièces de deux mètres.

La matière
MoldingPulp
Ce n’est ni de la céramique, ni du plâtre, ni du papier mâché : un composite mis au point au Maroc, et qu’Henri Dejeant affine depuis plus de quinze ans. Les fibres du papier arment le plâtre, le plâtre donne la tenue et le poids, et la pâte garde fidèlement la forme du moule.
- Journaux de récupérationbroyés à sec par une entreprise voisine de Béziers, à la granulométrie qui donne la texture
- Plâtre fabriqué en Francele liant minéral : il donne la prise et la masse
- Colle végétalequi rend la pâte travaillable à la main
- Pigments minérauxocres, oxydes et noir de carbone, mêlés à la masse
- Cire d’abeille, vernis Écolabella cire pour finir les lampes ; un vernis à l’eau, certifié Écolabel européen, pour les meubles
Ni résine ni plastique dans la matière.

Le geste
Du dessin à la cire



Dessiner
Les formes sont dessinées dans Blender, un logiciel conçu pour l’animation. Il permet des volumes organiques qui répartissent les efforts : ils sont beaux, et ils rendent la pièce plus solide. Ce sont des formes difficiles à obtenir en bois ou en terre cuite.
Mouler
La pâte est préparée au dernier moment, car elle prend vite. Elle est appliquée à la main pour ne pas piéger d’air : dans un moule, sur une structure ou sur un gabarit selon les modèles.
Sécher
Une fois durcie, la pièce est démoulée et sèche dans un séchoir simplement ventilé, avec le moins d’énergie possible. Elle en sort brute.
Poncer, cirer
Le ponçage révèle un grain de terrazzo et des éclats de journal ; la cire ravive la couleur tout en durcissant la surface.
Dessin en trois dimensions, impression des gabarits, moules, mécanique, séchage : tout se fait sur place. C’est ce qui permet de répondre à une série pour un hôtel, à une teinte pour une boutique, ou de travailler avec un studio de design sur ses dessins, sans minimum de pièces.
Questions
Ce qu’on demande souvent
Est-ce solide ?
Oui. Les fibres du papier arment le plâtre : la matière encaisse un choc léger là où un plâtre seul se fendrait. Comme tout objet façonné à la main, une lampe ne survit pas forcément à une chute, mais elle se manipule sans précaution particulière.
Et l’eau ?
Un verre renversé n’est pas grave : un chiffon de coton doux, humide et bien essoré, suffit. Les lampes sont classées IP21, faites pour les pièces sèches. Les meubles, vernis, ne craignent ni le café ni le vin.
Avec le temps ?
La teinte ne bouge pas ; une patine se forme. Un petit éclat peut être repris. Une pièce très abîmée, en revanche, ne se remet pas à neuf.
Quelles teintes ?
Papier naturel et noir de carbone sont permanents. Sauge, ivoire et brique sont les teintes du moment, en édition limitée. Toute autre teinte peut être préparée sur demande.
Voir, visiter
Voir les pièces, visiter l’atelier
Les pièces sont présentées dans une quarantaine de boutiques, en France et à l’étranger. L’atelier est fermé au public, mais se visite sur rendez-vous. Henri Dejeant expose certaines années à Maison&Objet.
Les pièces en stock partent sous 24 à 48 heures ; les autres sont fabriquées en 2 à 3 semaines, et une pièce nouvelle peut demander jusqu’à trois mois.