Papier mâché, papier recyclé, MoldingPulp : ce que c’est vraiment
On me demande souvent si mes lampes sont en papier mâché. La réponse honnête, c’est que ça commence comme ça et que ça ne finit pas comme ça. Voilà ce qu’il y a vraiment dans une de mes pièces, et pourquoi j’emploie quand même le mot.
Le point de départ
Ce qu’est le papier mâché
Du papier, de l’eau, de la colle. On déchire, on trempe, on applique, on laisse sécher. La technique a plusieurs siècles et tout le monde l’a pratiquée une fois, à l’école ou ailleurs.
J’ai commencé comme ça, au Maroc, il y a une quinzaine d’années. Le problème est apparu au premier séchage : le papier et la colle seuls se déforment. La pièce tire, gondole, et ne retrouve jamais tout à fait la forme du moule. Pour une sculpture unique, ce n’est pas grave. Pour une lampe qu’il faut refaire à l’identique, c’est rédhibitoire.
Ce que j’ai changé
Le plâtre change tout
En ajoutant du plâtre à la pulpe de papier, j’ai obtenu une pâte qui prend l’empreinte du moule et qui la garde. Les fibres du papier arment le plâtre, un peu comme des fibres dans un béton ; le plâtre, lui, donne la tenue et le poids. La pièce sèche sans tirer.
Cette pâte, je l’appelle MoldingPulp. Ce n’est pas un nom trouvé pour l’occasion : c’est le nom d’une recette que j’ai mise au point moi-même et que j’affine depuis, cuisson après cuisson, en changeant le grain du papier, la proportion de plâtre, la façon de démouler.
La recette
Ce qu’il y a dedans
- Des journaux de récupérationbroyés à sec près de Béziers, au grain que je choisis.
- Du plâtrec’est lui qui donne la tenue, le poids et la fidélité au moule.
- Une colle végétalede la farine, rien de plus compliqué.
- Des pigments minérauxocres, oxydes, noir de carbone, mêlés à la pâte et non peints dessus.
- De la cire d’abeilleappliquée après ponçage : elle ravive la couleur et durcit la surface.
- Un vernis à l’eaucertifié Écolabel européen, sur les pièces qui en ont besoin.
Ni résine, ni plastique.
Les mots
Pourquoi je dis quand même papier mâché
Si je réponds « c’est un composite de pâte de papier et de plâtre », personne ne voit de quoi je parle. Si je dis papier mâché, tout le monde voit immédiatement — et se trompe un peu. Je préfère être compris, puis préciser.
Alors je m’en tiens à trois mots, chacun à sa place. Papier mâché dit d’où ça vient. Papier recyclé dit de quoi c’est fait. MoldingPulp nomme la recette, celle qui fait qu’une lampe sortie de mon atelier ne se déforme pas.
Au quotidien
Ce que ça change quand la pièce est chez vous
Le poids surprend : c’est plus lourd qu’un objet en papier, et ça se tient tout seul. Le ponçage révèle un grain de terrazzo, avec des éclats de journal visibles à la surface — des points bleus, rouges, verts, qui sont de l’encre d’imprimerie. Chaque pièce en a un dessin différent, et c’est la seule signature qu’on ne peut pas reproduire.
La couleur est dans la masse, pas en surface : une rayure ne fait pas apparaître un autre matériau dessous. Et si une pièce casse, elle revient à l’atelier et je la répare, parce que je sais exactement ce qu’il y a dedans. C’est une chose qu’un éditeur qui fait produire ailleurs ne peut pas promettre. L’entretien courant, lui, tient en trois gestes : entretenir une pièce.
Voir
Les pièces faites dans cette matière
Toutes les pièces de l’atelier sortent de cette pâte, façonnées une à une : les lampes de chevet, les lampes à poser, les lampes de bureau, les suspensions, les appliques murales, les baladeuses, les lampes et lampadaires sculpturaux et la table basse.
Le détail des gestes, du broyage au cirage, est sur la page de l’atelier.
Dans le carnet : comment naît une lampe, du journal broyé à la cire, et une lampe sculpture dessinée pour un lieu.
Pour savoir laquelle prendre : choisir sa lampe selon la pièce.
D’où elle vient : Mirleft, 2008.