Mirleft, 2008 : d’où vient cette matière

On me demande souvent comment on invente une matière. Dans mon cas, ça n’a rien d’une invention : c’est un village sans électricité dans les rues, beaucoup de journaux, un moulin à huile, et deux ans à me tromper.

L’atelier au Maroc, les étagères chargées de pièces moulées

2008

Mirleft

Mirleft est un village du sud du Maroc. En 2008, il n’y avait ni route goudronnée ni électricité dans les rues. Il y avait en revanche des journaux partout : dans les cafés, sur les étals, autour des choses qu’on emballe.

Je cherchais une matière à travailler qui ne demande ni four, ni machine, ni livraison. Le papier était là, gratuit, en quantité. Restait à le rendre utilisable.

Le moulin

Faire broyer du papier chez le marchand d’huile

Il n’existait pas de broyeur à papier dans le village. Il existait un moulin à huile. J’y ai fait broyer mes journaux, et c’est là que j’ai compris une chose que je continue de surveiller aujourd’hui : la finesse du broyage change tout. Trop fin, la pâte devient lisse et sans caractère. Trop grossier, elle ne tient pas.

Aujourd’hui encore, mes journaux sont broyés à sec par une entreprise voisine de Béziers, et je choisis la granulométrie. C’est le seul réglage que je n’ai jamais délégué.

L’échec utile

Le papier et la colle seuls ne tiennent pas

Les premières pièces étaient solides et ratées. Solides, parce que le papier et la colle font une matière résistante. Ratées, parce qu’elles se déformaient en séchant : une forme dessinée droite ressortait tordue, et aucune pièce ne ressemblait à la précédente.

Pour une sculpture, ce n’est pas un problème. Pour ce que je voulais faire — des objets qu’on peut refaire, en petites séries régulières — c’était une impasse.

2010

Marrakech, et le plâtre

C’est à Marrakech que j’ai ajouté du plâtre à la pulpe de papier. La pâte est devenue assez solide pour prendre l’empreinte d’un moule et la garder. J’ai appris à fabriquer mes moules en silicone — les premiers avec du silicone dentaire, faute de mieux — et j’ai dessiné les premières Invider.

Elles sont parties à Paris, chez Fleux puis chez Merci, à New York chez Breuckelen Berber, à Los Angeles chez Objet LA NY. C’est à ce moment-là que ce qui était une recherche est devenu un métier.

Béziers

L’ancienne miroiterie

L’atelier est aujourd’hui à Béziers, dans l’ancienne miroiterie de ma famille. La recette, elle, vient toujours de Mirleft : du papier de récupération, un liant minéral, une colle végétale, et le refus d’ajouter quoi que ce soit qui ne serve pas.

Ce qu’elle est devenue exactement, je l’explique ici : papier mâché, papier recyclé, MoldingPulp.

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